Mickey 17 porte à l'écran le livre Mickey7 d'Edward Ashton, paru en 2022. Bong Joon Ho a été séduit par l'histoire dès la lecture du résumé du roman : "en me lançant dans la lecture du livre, j’ai été de plus en plus absorbé par l’intrigue d’autant que j’ai trouvé le concept de la réplication humaine d’une singularité totale – et très différent du clonage. Et j’ai trouvé que dans les termes mêmes de l’expression réplication humaine, on sentait toute la dimension tragique de la condition des « Remplaçables. » Je me suis alors demandé ce que ça ferait d’être cette personne répliquée."
Le 7 du titre du roman, et le 17 du titre du film, désignent le nombre de fois où Mickey est mort. Dans Okja, il y avait déjà deux Tilda Swinton, et le scénario de ce projet permettait d'explorer davantage la possibilité d'avoir deux versions d'un acteur. Le producteur Dooho Choi explique ce changement : "l’idée de la répétition et des morts successives du protagoniste a semblé cruciale à Bong Joon Ho, tout comme il tenait à ce qu’on ressente ce que subit Mickey. Et, très en amont, il m’a dit 'On va changer de titre parce qu’on a besoin de le voir mourir davantage.'"
Bong Joon Ho n'apprécie pas l'étape de l'écriture du scénario car elle est très solitaire et pénible pour lui : "Je suis auteur-réalisateur depuis longtemps et j’écris tous mes scripts, si bien qu’on pourrait se dire que c’est mon destin. Mais je sais toujours que le scénario sera finalisé en six ou huit mois, et j’affronte donc le travail d’écriture avec cela en tête."
Robert Pattinson a été séduit par l'idée de travailler avec Bong Joon Ho ("Il évolue dans un monde à part. Je l’admire depuis toujours", dit-il à son sujet) mais aussi par le projet, qui ne rentrait dans aucune case : "Dans un premier temps, on se demande comment ces éléments peuvent s’associer. À certains égards, le film fait presque l’effet d’un défi. (rires) Je n’avais jamais lu un scénario pareil et je ne pense pas que je relirai un projet semblable à l’avenir."
Ce qui a séduit le réalisateur dans le roman Mickey7 dont est tiré le film est le personnage principal, Mickey Barnes, qui est banal, et que Bong Joon Ho voulait rendre encore plus normal, quelqu'un "qui n’a rien d’un super-héros, mais qui est un type banal, ordinaire, à qui il arrive une aventure insensée." Malgré cela, son interprète, Robert Pattinson, déclare : "Mickey est un personnage étonnamment complexe. Au départ, il nous fait penser à une sorte d’abruti, mais ce n’est pas le cas. Il est animé de désirs bien précis. Il est assez innocent et naïf à bien des égards."
Mickey 17 s'inscrit dans la lignée des films précédents de Bong Joon Ho, mais, souligne-t-il, "c’est la première fois que je montre à quel point les êtres humains peuvent se révéler stupides, et combien cette bêtise peut aussi les rendre attachants. On m’a souvent rapporté que ce film est plus émouvant que les précédents. En général, on me dit que mes films sont assez durs et cyniques."
À l'instar de ses précédents films, Mickey 17 est l'occasion pour Bong Joon Ho de mélanger les genres et de multiplier les ruptures de ton. Une démarche qui n'est pourtant pas consciente pour le cinéaste : "On me dit que mes films croisent plusieurs genres et on me demande comment je parviens à le faire. Ou bien on m’interroge sur la manière dont j’orchestre les ruptures de ton présentes dans mes films. Mais en réalité, ce ne sont pas des choix conscients. Je ne me fie qu’à mon instinct quand j’écris, et quand j’ai terminé, je me demande moi-même à quel genre le film va bien pouvoir se rattacher."
C'est en le voyant dans Good Time et The Lighthouse que Bong Joon Ho a été impressionné par Robert Pattinson : "C’est avec ces deux films qu’il a vraiment pris une autre dimension. De même, dans The Batman où je l’ai vu s’approprier totalement un personnage mythique. Je me suis dit qu’il aurait envie de relever le défi d’incarner Mickey 17 et Mickey 18, que ce serait exaltant et qu’on allait s’inspirer l’un l’autre."
Si l'acteur a répondu aux attentes du réalisateur avec son interprétation de Mickey 17, il les a dépassées avec Mickey 18 : "il a nourri le personnage de ses propres idées et il lui a donné une énergie nouvelle – autant d’éléments auxquels je n’avais pas pensé. Sur le plateau, il a improvisé pas mal de dialogues franchement décalés et de scènes insolites. C’était formidable de le voir incarner Mickey 17, mais je tiens surtout à saluer son interprétation de Mickey 18."
Pour créer les Rampants, ces créatures auxquelles est confronté le héros, le cinéaste s'est entouré de deux artistes avec lesquels il avait travaillé sur Okja : le superviseur effets visuels Dan Glass et le concepteur de créatures Hee Chul Jang, ainsi que de deux studios de VFX, Double Negative et Framestore.
Hee Chul Jang a imaginé toute l’histoire de l’espèce des Rampants : leur développement, les raisons pour lesquelles certains membres de leur corps ont poussé au fil du temps, leur capacité à percer la roche, la neige et la glace, leur manière de se déplacer etc. Le producteur Dohoo Choi détaille : "Du coup, lorsque le superviseur effets visuels Dan Glass a intégré les graphiques à l’ordinateur et a commencé à faire bouger les créatures, celles-ci avaient déjà des proportions parfaitement cohérentes. Dan n’a eu que très peu de changements à effectuer pour imprimer le mouvement à ces créatures que Hee Chul avait dessinées en 3D."
Sur le plateau, une équipe de marionnettistes, avec Tom Wilton à leur tête, animait plusieurs types de marionnettes représentant les Rampantes, ce qui était utile pour les cadrages, mais aussi comme point de repère au montage et comme inspiration pour le travail d’animation.
Bong Joon Ho créé ses propres storyboards, une étape qu'il apprécie particulièrement même si cela lui demande beaucoup de travail. Sans cela, il ne peut pas tourner car tous les plans sont déjà composés dans sa tête et il peut ainsi arriver détendu sur le plateau : "Quand j’ai terminé les storyboards, j’ai le sentiment que le film est achevé. Mes storyboards sont assez précis en matière de découpage et de mouvements de caméra. Et, en général, je m’y tiens 99% du temps, si bien que le film finalisé n’est pas si éloigné des storyboards."
En revanche, si l'axe de la caméra et les cadrages sont précisément déterminés, il laisse la possibilité aux acteurs d'être aussi libres que possible, comme en témoigne Steven Yeun : "Bong ne vous donne pas de consigne du style 'Il me faut telle expression', mais il est plutôt du genre à nous dire 'Voici les paramètres de la scène, voici les informations sur ton personnage, et tu as toute liberté au sein de ce cadre.' De mon côté, je trouve que c’est en réalité libérateur parce que je peux me concentrer sur mon jeu."
Pour se préparer au mieux à son double rôle, Robert Pattinson est arrivé à Londres quelques mois avant le début du tournage, et a testé de très nombreuses voix différentes pour les deux Mickey : "C’est étrange parce qu’il s’agissait de jouer deux personnages qui devaient être caractérisés avec précision, mais dans le même temps, personne n’est capable de voir que ce sont deux êtres distincts. C’est très délicat." Il se souvient : "Ensuite, quand on a fait une lecture, Bong est venu me voir et m’a dit 'Ne prends pas cette voix.' (rires) Je l’ai immédiatement écouté."
Il a été question que l'acteur porte une prothèse de joue pour distinguer les deux Mickey car Bong Joon Ho souhaitait que l'un des deux soit un peu joufflu. Finalement, le seul détail qui les différencie est une dent de travers pour Mickey 18 : "C’est un tout petit détail, mais qui me déformait légèrement le visage. Et je me suis dit que c’était suffisant. Ce n’est presque rien. On ne s’en rend quasiment pas compte. Mais du coup, mon élocution et ma démarche étaient un peu différentes".
Toni Collette précise que Bong Joon Ho travaille par étapes successives et tourne rarement une scène entière à la fois : "Je crois que beaucoup de cinéastes coréens travaillent comme ça, mais, d’après ce que je sais, c’est une méthode où il excelle particulièrement. Il est d’une extrême précision. Il impulse un rythme très précis, lui aussi, et il donne des indications très claires sur la gestuelle et l’atmosphère qu’il recherche. Il sait parfaitement ce qu’il veut. Avant, j’aurais trouvé cela contraignant, mais ce n’est plus ce que je pense. C’est, au contraire, très libérateur de pouvoir se focaliser sur un moment particulier et de ne pas avoir à maîtriser toute une scène, mentalement et physiquement."
Anna Mouglalis prête sa voix à la Mère Rampante. Bong Joon Ho l'a découverte en 2021 dans L'Événement, présenté et récompensé à la Mostra de Venise dont il était le président du jury. Il a choisi l'actrice pour la tessiture de sa voix. La comédienne était présente sur le tournage pour enregistrer son texte, et pour que sa voix puisse être entendue sur le plateau à travers les haut-parleurs. Bong Joon-ho a même filmé les yeux d’Anna Mouglalis en gros plan afin de s’en servir comme référence pour le regard de la Mère Rampante.
Plusieurs procédés ont été utilisés pour dupliquer Robert Pattinson quand il jouait face à son double. Dans la majorité des cas, il jouait les deux rôles, donnant la réplique à chaque fois à sa doublure (Sam Woodhams). Son basculement entre les deux Mickey se produisait rapidement afin que les paramètres de mise en scène (éclairage, mouvements de caméra, découpage) puissent être conservés à chaque fois.
Dans des situations plus délicates, l’équipe des effets visuels a réuni les deux prises à l’image. Dans le cas de mouvements d’appareil plus complexes, l’équipe a fait appel à Woodhams, puis a remplacé son visage à la palette numérique par la suite en s’appuyant sur une intelligence artificielle entraînée pour reconnaître et reproduire l'acteur.
Pour créer un outil d’intelligence artificielle performant, l’équipe VFX a eu recours à un dispositif particulier (surnommé le « Crazy Rig ») capable de filmer plusieurs angles de prises de vue simultanément, à très haute résolution, sous les éclairages d’un plateau de cinéma : grâce à ces nombreux plans, les algorithmes ont ainsi su comment dupliquer Pattinson quand il est filmé sous des angles différents et dans des registres de jeu différents.
Le tournage a démarré à Londres jeudi 18 août 2022. Il s’agit du premier long métrage tourné par Bong Joon Ho au Royaume-Uni. L’équipe a tourné pendant 87 jours, sur une quarantaine de plateaux répartis dans quatre studios, un vaste plateau extérieur, un hangar à avions, et divers sites. C’est ainsi qu’elle a passé 12 semaines dans les studios de la Warner à Leavesden, trois semaines dans les studios Cardington, et deux semaines (dont une journée de prépa) en décors réels, à Londres. Le tournage s’est achevé à Leavesden le 16 décembre.